jeudi 27 mars 2014

Trance psychédélique : A la recherche des nouveaux hippies



  "To fathom hell or soar angelic    

                                       Juste take a pinch of psychedelic"                                                                                                   H. Osmond

Soirée Psylloween organisée par Mousse en 2013
Source : lecoindesclubbers.com

Il fait nuit, il fait froid, dans les rues humides de la belle Strasbourg. J'ai comme l'impression de me perdre à l'intérieur d'elle, j'erre à travers ses longs sillons faiblement éclairés par des lampadaires décharnés et une lune rousse, presque invisible, à la recherche de mon rendez-vous. Mon rendez-vous avec la Trance-Goa.
Enfin, je me retrouve devant un bar, dans une petite artère déserte. Tout est si calme ici, on n'entend qu'au loin quelques rires trop alcoolisés et le bruit de pas esseulés. Une ultime respiration, une dernière bouffée d'air frais, et j'entre.
La soirée a été organisée par Mustafa Mousse. C'est lui que j'ai rencontré pour vous, c'est lui qui m'a ouvert les portes de cet univers si singulier ...

Soirée Psylloween organisée par Mousse en 2013
Source : lecoindesclubbers.com
Je descends un escalier et m'engouffre dans une sorte de petite cave très intimiste. Et je me retrouve là, parmi eux, au milieu des nouveaux hippies. Il y a un mec très grand, un allemand, avec des dread-locks, on dirait qu'il porte un pyjama. Il y a deux nanas aussi, bien plus jeunes, très jolies, très fashions. Il y a des vieux, très classes. Il y a aussi des gens comme vous et comme moi. 
Je les regarde tous. Ils dansent. Je n'avais encore jamais vu des gens bouger ainsi. Tout leur corps s'agite, comme s'il était entièrement envahi par la musique. Cette mélodie ultra colorée, quasi hallucinogène, pénètre leurs bras, s'empare de leurs jambes, elle fait battre leur cœur et adoucit leur âme.
Ils dansent tous différemment. Sans vraiment se regarder. Sans presque jamais se toucher. Pourtant ils semblent tous interconnectés, unis par cette même expérience psychédélique, ils semblent ne former plus qu'un, tous métamorphosés par un rite chamanique. Ils respirent la musique, ils l'avalent, elle les prend aux tripes. Elle les embarque, cette infernale mélodie pulsative, ces rythmes excessivement saccadés, vers un univers parallèle.
L'utilisation de percussions hyper rythmés ajoutés à des sons de synthés très complexes crée une sensation très étonnante, particulièrement intense. Plus on l'écoute, plus cette musique prend possession de notre esprit et nous entraîne dans une sorte d'hypnose commune. Elle peut rendre speed, elle peut rendre mou, mais elle ne laisse jamais indifférent. 
Soirée Psylloween
Ecouter de la goa une fois, c'est accepter de vivre l'orgasme de tous ses sens, le transport total de son âme. Ecouter de la goa, c'est regarder autrement son nombril, mais aussi la vie, tout l'univers.
Dans les soirées de Mustafa Mousse, la déco est toujours importante. Le DJ trône comme un roi, il regarde la foule en souriant. Sur les murs, des dessins fleurissent, des grands champignons ombragés, des représentations astrales, des formes géométriques. Carrés, ronds, triangles semblent se fondre ensemble. Les lumières, qui changent au rythme de la musique, complètent l'ambiance psychédélique à grand coup de vert, de bleu, mais surtout de rose acidulés.
Plus que vers une autre galaxie, cette étrange musique, véritable richesse émotionnelle, nous fait voyager vers une utopie, l'utopie des anciens hippies. Peace, Love and Unity.
"J'ai découvert la trance-goa il y a environ une quinzaine d'années grâce à internet", explique Mousse. "J'écoutais déjà du rock psychédélique. Les Doors, Pinkfloyd, Hendrix, ... C'est la base ! La psy-trance ou la goa-trance sont dans la continuité, c'est vraiment l'évolution du mouvement hippie."
La Goa-Trance, associée au numéro 604, trouve son origine dans un mouvement hippie qui s'épanouissait à Goa, en Inde, des années 70 à 80. Étrange mélange entre la techno, le rock psychédélique, la new wave, la musique industrielle et la musique orientale, ses mélodies sont rythmées et très riches. Aux basses puissantes omniprésentes s'ajoutent souvent des samples tout droit sortis de films de science-fiction. Les références au mystère, au voyage intersidéral, à la libération de l'esprit et à de nouvelles expériences sensuelles sont nombreuses.
"C'est une musique transcendantale, c'est ça qui me plaît", explique Mousse, "Ça tourne généralement autour de 140 bpm (battements par minute). On reconnaît surtout cette musique au rythme triolet, galopé en fait. Il n'y a a pas de parole, pas de poésie, pas de lyrisme. C'est la musique qui dicte tes pensées et non les paroles. S'il y a parfois des voix, c'est uniquement pour embellir la musique."
Astral Projection, Electric Universe, Hallucinogen, Cosma, X-Noise, ... Autant de groupes de Psy-Trance.
Si Mousse voue une passion à ce genre de musique, il n'en rejette pas les autres pour autant : "Sinon, j'aime bien tout ... sauf le rap. Le rap dégage de la haine, et je ne suis pas concerné par ce qu'ils racontent, ou plutôt pas touché."
Soirée Psylove organisée par Mousse
Pour ce qui est de la Trance-Goa, il explique : "C'est vrai qu'il n'y en a pas trop en Alsace. C'est beaucoup moins présent en France que dans d'autres pays d'Europe comme l'Allemagne, l'Italie ou l'Espagne. " En plus de l'Europe, la Trance-Goa séduit des pays comme l'Israël ou le Japon.
"La Trance, ce n'est pas qu'un mouvement musical, c'est un art de vivre et de penser. C'est vraiment lié aux hippies. Chez nous, c'est le "smile" tout le temps ! Nous, on est peace, love and unity ... C'est bien loin de leur sex, drugs and rock'n'roll !" Rigole-t-il.
Il est comme ça, Mousse. Il rigole tout le temps. Il vit dans son propre monde, il a sa propre façon de penser, de parler. Il joue avec les mots. Il joue avec les sentiments. C'est un personnage tout à fait à part. Il est, à mes yeux, le plus parfait représentant de tout l'esprit Goa à Strasbourg.
C'est surtout lui qui organise les meilleurs soirées de Goa-Trance en Alsace. "La première soirée que j'ai organisé remonte à 2010 ... Je connaissais les soirées Goa et tout ce que ça implique : les DJ's, la déco, le visu ... Mais ça, je ne le vivais que dans mon petit monde à moi.Je suis allé à des soirées Trance à Paris et c'est là que je me suis dit que, plutôt que d'aller constamment à la capitale, je pouvais très bien amener les soirées Goa ici, à Strasbourg."
Ses soirées accueillent 600 personnes en moyenne. Son festival Avoid The Void a eu lieu en août 2013. Il s'étalait sur deux jours, de vendredi à dimanche midi, et a réuni 800 personnes. Celui-ci a eu lieu à Kronenbourg, il se tenait en partie dans une salle et en partie en plein air.
Mousse a réussi à faire venir sur Strasbourg plusieurs DJ's très connus dans le monde de la Trance tel qu'Ephedrix, Solaris, Shagma ou Micro Scan.
Festival Avoid The Void organisé par Mousse
Si ses soirées rencontrent un tel succès, au point que ce sont désormais les parisiens qui font le déplacement jusqu'à Strasbourg, c'est parce que Mousse s'implique vraiment à fond dans tout ce qu'il fait. Aucun détail n'est négligé, tout doit être parfait, en osmose complète avec l'esprit de la Psytrance. Ainsi, la décoration des salles est pour lui primordiale : "C'est super important ! Tout se met en contexte grâce au visu. Ça donne un cadre à l'événement." Il n'hésite pas non plus à faire venir des artistes tels que des bodypainter.
Son rêve, pour sa prochaine soirée, serait de faire venir de nombreux artistes et d'organiser, le temps d'un week-end, un festival psychédélique qui se présenterait comme un petit village, un havre de paix pour les gens qui vivent heureux, heureux d'être déconnectés de la réalité, heureux d'évoluer dans leur univers.
Cette soirée serait pour Mousse sa dernière. En effet, cet "hobby", comme il le qualifie lui-même, lui prend beaucoup de temps, "ça fatigue !" dit-il. Il explique également qu'il est extrêmement difficile de réussir à trouver une salle qui soit assez grande et, surtout, assez éloignée d'éventuels voisins qui pourraient se plaindre du bruit.
Il avoue : "En fait, la soirée que j'ai fait en décembre devait être la dernière. Je l'avais officiellement annoncé. Mais quand j'ai vu ce que les autres font à côté, ça m'a révolté !"
Mustafa tient énormément à la pureté de l'esprit de la Psy-Trance. Éloigné des considérations commerciales, il veut avant tout que ses soirées soient scandées par le spirituel, la mystique et, surtout, le bonheur.
Parce que c'est ce qui frappe, dans ses soirées, les gens sont heureux. Pas de bagarre, pas d'insultes, tout le monde est content d'être là. Et si tu échanges des regards avec d'autres danseurs autour de toi, ils te sourient, tout simplement.
Je n'ai pas résisté longtemps à la voix féminine qui m'invitait à m'envoler pour l'hyperespace. La Goa-Trance s'empare de toi, elle creuse derrière les barrières de l'inconscient, elle vient libérer ton âme. Dans ma quête extatique d'absolu, cette musique hypnotique m'offre des mirages colorés, fluorescents. Transgressant tous mes complexes, je m'appuie sur l'herbe verte pour m'élancer vers la voie lactée, éclatante de mille et une étoiles, de mille et un diamants. La joie semble irradier autour de moi comme le feraient les étincelles du cristal. Cette musique électronique aux rythmes si vivants a un cœur qui bat intensément. Étrange mélange entre la modernité énergique et saccadée et les rites chamaniques traditionnels, il faut l'écouter pour la comprendre.
"Comment veux-tu que je te décrives mes soirées ? Est-ce qu'on peut décrire un sentiment, une émotion ? Non. Il faut le vivre. C'est tout."

"To make this trivial world sublime
Take a half a gramme of phanerothyme"
A. Huxley








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