mercredi 26 juillet 2017

Roseline Bûcher

Nuevo Mundo. Je ne compte plus le nombre de fois où je suis passée devant. Le plus souvent en tram, direction Gare Centrale. Et pour cause, Nuevo Mundo est un salon de tatouage situé juste devant l'arrêt Porte de l'Hôpital. Je voyais toujours le nom du shop éclairé en grand, avec cet immense dessin de pin-up qui m'aguichait. 

Eh bien ! L'autre jour, j'ai enfin eu l'occasion de m'y rendre ! J'avais rendez-vous avec la jeune apprentie de Dago, Roseline Bûcher. 

J'avais découvert certaines de ses œuvres sur Instagram. Cartes de tarot, bestiaire médiéval, petits insectes, chauves-souris, crânes ... Pas besoin de t'en dire plus, tu t'en doutes, j'ai eu un gros coup de cœur. 

Viens avec moi, on va faire connaissance avec la sémillante Roseline Bûcher !





Du rêve au tatouage


Roseline Bûcher est une jeune artiste qui vient de Metz, ville où elle a fait les Beaux-Arts pendant cinq ans. Bon je dois dire qu'avant ça elle avait fait un bac S mais, en parfaite littéraire que je suis, j'ai promis de ne pas lui en tenir rigueur. Les Beaux Arts, en tous cas, ont été une belle expérience pour elle :
"J'ai pu expérimenter différentes formes artistiques. Photographie, gravure, installation ... Et de ce point de vue-là c'était vraiment enrichissant."
Une chose l'a tout de même déçue dans cet univers : la rupture entre le client et l'artiste, le manque de contacts.
"Le public ne connaît pas les artistes, il ne les rencontre pas. Il n'y a aucun échange. C'est quelque chose qui m'a manqué je pense. Ce dont j'avais envie, c'est que deux personnes,  le client et l'artiste, puissent créer quelque chose ensemble, faire naître une image qui leur parle à tous les deux."
A la fin de ses études, Roseline a donc décidé de changer un peu de domaine pour réaliser un service civique dans l'animation culturelle :
"J'ai travaillé dans une roulotte qui voyageait en zone rurale. On faisait des animations autour du rêve. Les personnes qui venaient à notre rencontre nous confiaient leurs secrets, leurs souhaits, les images de leurs songes ..."
Question échange, rencontre, Roseline était aux anges. Mais une chose venait encore la tarauder :
"Après les Beaux Arts, je me questionnais beaucoup. Je savais que j'adorais énormément le social, et j'étais très satisfaite de cette expérience dans l'animation, mais je ressentais le désir ou même plutôt le besoin de dessiner. Ça me manquait terriblement. Et c'est là qu'est revenue mon envie de tatouer."

"Dago m'apprend beaucoup de choses, c'est un vrai guide !"


La belle demoiselle s'est donc mise en quête d'un tatoueur qui accepterait de la prendre comme apprentie et Dago lui a ouvert ses portes. C'était il y a un peu plus d'un an.
"J'ai vraiment eu de la chance ! Je suis venue lui demander au moment où, justement, il cherchait un apprenti."
"J'admire beaucoup les tatoueurs qui se lancent seuls, sans avoir fait d'apprentissage au préalable. Mais je n'aurais pas pu personnellement, je ne crois pas que j'en aurais eu le courage."
"Dago m'apprend beaucoup de choses, c'est un vrai guide ! Il me permet de progresser non seulement pour l'aspect dessin et tatouage, mais aussi pour le côté social, le contact avec les clients, etc."
Roseline m'explique d'ailleurs que de maîtriser l'art du tatouage n'est pas aussi aisé qu'on pourrait le croise :

"J'ai été assez surprise par la difficulté de la technique, alors qu'aux Beaux Arts j'avais l'impression que tout était si facile à maîtriser, chaque nouvelle matière ou façon de faire. En plus, pour le tattoo, il y a la question de la peau, ce support qui évolue, cette notion de temps qui est forcément à prendre en compte. Il faut par exemple veiller à ne pas faire de lignes trop fines car elles vont mal évoluer. Il y a tant de choses à prendre en compte !"
Elle revient sur ses premières expériences : 
"Au début je tatouais des amis ou des personnes volontaires. J'avais beaucoup de pression ! Chaque tattoo était une remise en question. Surtout quand tu es perfectionniste ! Un dessin, tu peux le retravailler autant que tu veux. Un tatouage, ce n'est pas pareil !" 
"Heureusement, mes "cobayes" ont été très sympas, ils étaient tous satisfaits de leurs tatouages. Ensemble, on a vécu une belle expérience et je tiens à les remercier pour cela d'ailleurs ! Si ça ne s'était pas aussi bien passé avec les premières personnes que j'ai tatouées j'aurais eu bien plus de mal à trouver confiance en moi et à progresser."
En un peu plus d'un an, Roseline a beaucoup évolué. Il faut dire qu'elle travaille énormément, au salon où elle est du mardi au samedi, comme chez elle. Elle accompagne également régulièrement Dago à des conventions et a participé à celle de la Digital Game Manga Show.

"De baigner dans l'univers du tatouage te permet d'apprendre beaucoup plus vite, aussi bien par ton propre travail que par les échanges que tu peux faire avec les autres tatoueurs."
"Aujourd'hui c'est évidemment beaucoup plus facile pour moi de tatouer, et moins stressant !  J'ai compris comment le tatouage fonctionne. C'est une sorte de feeling en fait qu'il faut ressentir. Tu sais que si tu piques de telle façon, il se passera cela, et ainsi de suite."
Roseline n'a pas encore eu l'occasion de faire des guests mais c'est quelque chose qu'elle envisage avec une réelle envie :
"J'aime beaucoup voyager et j'adore rencontrer de nouvelles personnes ! Et puis je réalise qu'avec les tatoueurs on forme une sorte de communauté, ça fait toujours plaisir de rencontrer des personnes qui partagent ta passion."


Concrétiser un imaginaire. 


Ce que la jeune tatoueuse apprécie tout particulièrement dans son art, c'est de pouvoir partir d'une idée d'un client, une émotion, un moment de vie, pour le retranscrire sous forme de dessin à encrer :
"C'est un défi technique ! Pouvoir réaliser le tatouage qu'ils imaginent. C'est quelque chose de passionnant. Ça me rappelle pas mal ce que j'ai vécu dans la roulotte, quand les personnes venaient se confier, nous parlaient de leurs rêves, de leurs projets. C'est quelque chose que je retrouve dans le tattoo. Il faut partir de leurs pensées et réussir à les concrétiser."
"Le tatouage entraîne une relation particulière avec le client. Il te donne sa confiance et ce n'est pas quelque chose d'anodin. Il faut s'en montrer digne." 
Parfois, le client vient avec une idée assez floue, un simple mot, et Roseline doit travailler autour :
"Une fois, une personne voulait que je lui fasse un tatouage autour de la bienveillance. Je lui ai proposé une carte de tarot et cette idée lui a beaucoup plu. Ça m'a motivée aussi et j'ai dessiné plusieurs cartes. D'une commande est née une planche de flashs !" 
Roseline aime l'échange avec le client. Elle prend toujours le temps de parler avec lui pour monter le projet qui lui plaît. Si, pendant qu'elle tatoue, elle se concentre pleinement sur son travail et ne peut pas beaucoup discuter, les moments qui sont avant et ceux qui viennent après, notamment quand le client revient lui montrer son tatouage cicatrisé, lui tiennent énormément à cœur.


Une passion pour le médiéval.


Roseline m'explique :
"La grande majorité des personnes qui me contactent le font via ma page Facebook. Ils ont donc déjà vu mon travail et souhaitent avoir des tatouages qui sont proches de mon style."
Je lui demande justement de m'en dire plus à ce sujet :
"J'adore l'art du Moyen-Âge ! C'est quelque chose qui me plaît énormément. Ma mère travaille dans les musées de Strasbourg alors j'ai toujours baigné dans les livres d'art, les gravures, les images anciennes. J'adore aussi ces vieilles boîtes d'allumettes qu'on peut retrouver chez ses grands-parents qui ont des dessins incroyables représentés dessus !"
Elle se lève soudainement pour se diriger vers une étagère remplie de livres. Elle m'en montre quelques exemplaires, les yeux scintillants de bonheur : un bestiaire médiéval, un livre sur Durer, un autre sur Bosh, un autre qui regroupe de vieilles planches d'anatomie.
Elle ajoute :
"Je cherche également beaucoup l'inspiration sur Internet. On trouve des sites fantastiques où des personnes postent des scans de très vieilles images qu'ils trouvent dans les archives. C'est un peu un travail d'équipe en fait ! dit-elle en souriant. On trouve vraiment plein de dessins superbes. J'adore notamment ceux que les moines s'amusaient à ajouter dans les marges, ils sont très rigolos, avec des animaux bizarres, des personnages qui font des trucs étranges ... Un minuscule dessin peut être une source d'inspiration énorme !"
Ce qui séduit particulièrement cette passionnée d'art ?
 "Les images anciennes qui ont une histoire derrière. C'est le cas par exemple pour les cartes de tarot. Elles sont très étudiées. Non seulement elles ont un ordre précis, elles sont remplies de symboles, mais en plus elles ont beaucoup évolué."
"J'aime aussi beaucoup le Draconcopedes, c'est la femme-serpent qui aurait donné la pomme à Eve. Mais on retrouve ce même personnage à travers la fée Mélusine. Ce sont des histoires qui se recoupent et se mélangent sans arrêt."
"C'est pareil avec les gens au final. On prend une histoire, on lui ajoute quelque chose, et on en fait une nouvelle histoire. On a tous participé à ce genre d'écriture et de réécriture, d'imaginaire retravaillé, entremêlé de rêve et d'inconscient. D'une certaine façon, le tatoueur aussi participe à ces histoires quand le client lui en confie une." 




Une apprentie qui progresse énormément.


Roseline est une personne cultivée, passionnée et passionnante, débordante d'envie. Mais elle est aussi très sage, réfléchie, et elle avance à son rythme. Ainsi, actuellement, elle ne fait encore que du noir et gris. Elle précise :
"La couleur m'attire beaucoup et j'espère en faire avant la fin de l'année, on verra. Je fais entièrement confiance à Dago pour cela, il me guide dans mon évolution. Quand il sentira que je suis prête, je pourrais tout doucement me lancer."
"Il en va de même pour le réalisme en noir et gris par exemple, je n'en ai pas encore fait. Pour le moment, je me concentre sur les traits, les points, ... Ça prend du temps d'apprendre, la peau, c'est tellement différent du papier !"
Je lui demande alors si elle refuse de faire des motifs qui ne correspondent pas à sa spécialité :
"Quand je reçois ce genre de demande, comme pour le lettrage, j'accepte tout de même de le faire même si je précise au client que ce n'est pas ma spécialité contrairement à d'autres tatoueurs. C'est une question d'honnêteté."
"Mais sinon non, je n'ai encore eu à refuser aucun tatouage. Si une personne veut que je lui tatoue les mains ou le cou, je l'accepte également, sauf si c'est son premier tatouage. Je ne veux pas faire de tatouages trop visibles sur une personne qui n'en a jamais eu car le regard des autres sur elle peut changer sans qu'elle le sache encore. Mais sinon, je pense que chacun est libre de faire ce qu'il veut et qu'il faut le respecter."
Tu l'auras compris, Roseline Bûcher a trouvé dans le tatouage une réelle passion qui lui permet d'allier avec bonheur son envie de rencontrer et d'échanger et son amour profond pour les images et le dessin. Je lui demande si, à côté du tattoo, elle a encore le temps pour s'adonner aux autres arts qui lui plaisent tant :
"J'aimerais bien continuer à faire autre chose mais le tatouage est si chronophage ! Il faut s'y consacrer pleinement. De temps en temps j'arrive encore à faire un peu de graphisme mais c'est uniquement pour des amis ou des associations comme Animalsace."
Et c'est ainsi que s'achève cette interview. Roseline repart mettre le nez dans ses livres et ses croquis, Dago est dans la salle d'à côté en train de tatouer un portrait impressionnant sur un dos, et je me promène dans les rues ensoleillées de la ville. Strasbourg, un repaire d'artistes plus merveilleux les uns que les autres !

Pour aller plus loin :

Roseline est sur Instagram

Mais aussi sur Facebook

Et la page Facebook de Dago de Nuevo Mundo

mercredi 19 juillet 2017

Accalmia

Accalmia est une jeune photographe que je suis avec beaucoup de plaisir sur différents réseaux sociaux. Son travail sur les couleurs, les lumières, les cadrages, révèle une touche unique, une façon poétique, douce, un peu mélancolique, de percevoir le monde. Mais ce qui me charme tout particulièrement dans ses œuvres empreintes de sensualité, ce sont les émotions sincères et profondes qu'elles font éclore en moi.

C'est un grand honneur d'avoir pu rencontrer cette artiste et d'avoir pu l'interviewer.

Rencontre avec Accalmia.



Photo : Accalmia. Modèle : Lelaya Photographies.


J'ai d'abord découvert Accalmia en tant que modèle avant de pouvoir apprécier son talent de photographe puis, plus récemment, de vidéaste.
Elle m'explique son parcours :
"Je viens du Nord. J'ai fait une licence de cinéma là-bas et j'y ai rencontré mon copain qui est alsacien. On était tous les deux déterminés à être dans l'image. On en appréciait notamment son côté technique.
Mais la licence passée à Lille n'était pas suffisante, on voulait entrer dans une école plus centrée sur la technique cependant elles coûtent souvent très chères. On a dû mettre nos études entre parenthèses pour pouvoir économiser."
Accalmia est pour le moment photographe amatrice. En plus de son travail, elle trouve le temps et l'énergie de s'adonner à sa passion.
"C'était impossible pour moi de ne pas continuer à faire de l'image en plus de mon travail, j'aurais craqué sinon ! C'est vrai que c'est très chronophage, et j'enchaîne les projets ! Mais je ne peux tout simplement pas m'arrêter. J'ai besoin de ma dose."
J'ai beaucoup apprécié de la voir devant l'objectif, et pourtant cela s'est fait un peu par hasard :
"En arrivant en Alsace, je ne connaissais pas grand monde, je n'avais pas le réseau nécessaire pour faire de la vidéo. Alors je me suis mise à faire de la photo. J'ai commencé par de l'autoportrait. J'ai posté des photos sur Facebook et j'ai reçu des propositions de photographes qui souhaitaient que je sois leur modèle."
"Ce n'était pas mon but au départ mais ça m'a beaucoup plu ! D'être modèle faisait aussi écho à ma passion pour le cinéma. Cela me permettait d'incarner des rôles, chose que j'avais déjà fait en tournant dans des court-métrages, même si ce n'était qu'en de rares occasions. J'ai trouvé vraiment intéressant de pouvoir approfondir cela. En fait, tout est lié, photo, vidéo, tout cela a un sens pour moi."
Photo : Accalmia. Modèle : Ldw French Yakuza.

"L'image, c'est la parole qui me manque."


Quand Accalmia me parle de sa passion, c'est avec une folle énergie, une envie débordante. Ses yeux, tout son visage, s'illuminent.
"Tant que j'arrive à faire de l'image, alors je suis épanouie."
Etant moi-même passionnée mais par l'écriture et non la photo ou la vidéo, je lui demande ce qui lui plaît tant dans ces arts :
"L'image, c'est la parole qui me manque. Je ne suis pas quelqu'un de sociable à la base. J'ai du mal à aller vers les autres, à m'exprimer. Je suis plutôt en retrait, à écouter et observer les gens, qu'à me mettre en avant ou à parler de ce que je fais. Je ne me considère pas comme timide mais plutôt comme introvertie. C'est en créant des choses que j'arrive à m'exprimer."
"Ce que je veux, par l'image, c'est capter des ambiances, des émotions, des atmosphères, des choses intenses. J'ai envie d'exprimer ce qui est ancré en mes modèles et en moi."

"J'aime exprimer des choses, créer."


Accalmia insiste sur le fait que, lorsqu'on la complimente pour une de ses photographies, c'est toute l'équipe qui y a participé qu'on doit complimenter. Loin d'imposer un projet aux modèles, aux maquilleuses, ou autre, elle tient à ce que tout le monde s'investisse :
"Quand on monte un projet, j'aime qu'il y ait un réel échange. Pour les collaborations, on y met tous du sien. C'est nécessaire pour qu'on puisse créer ensemble une énergie, un truc puissant. Il n'y a que comme ça qu'on peut faire naître quelque chose."
"Pour créer une vraie ambiance, une sensibilité, l'échange est indispensable. Construire un projet nécessite de la communication, pour pouvoir être sur la même longueur d'onde." 
Photo : Accalmia. Modèle : Savage Betty. MUAH : Marine Gadenne.

"Ce qui m'intéresse surtout, c'est la sensibilité des personnes."


Accalmia témoigne d'un réel respect envers ses modèles. Je lui demande si cela est lié au fait qu'elle même l'ait été :
"C'est un réel plus d'avoir été modèle. Ayant été de l'autre côté de l'objectif, je sais ce que ça peut faire d'être mal à l'aise alors je fais tout pour que mes modèles ne le soient pas."
"Par exemple, je le vois tout de suite quand une modèle prend un pause qu'elle n'aime pas, je le remarque à un geste de ses yeux ou de ses lèvres et je lui dis immédiatement : ce n'est pas grave, on change !"
"Je pense que tous les photographes devraient être modèles pour pouvoir mieux comprendre leurs réactions, ce qu'elles peuvent ressentir dans certaines situations qui semblent pourtant anodines. "
 J'ai déjà remarqué qu'Accalmia travaille régulièrement avec les mêmes personnes, je la questionne à ce sujet :
"Ce sont des modèles qui partagent ma vision, je sais qu'on va être sur la même longueur d'onde. Elles savent ce que je veux sans que je n'ai rien besoin de dire. Et puis j'aime travailler avec elles parce que j'ai eu un coup de cœur artistique et humain. Le feeling est passé tout de suite, on a vraiment bien accroché. Certaines sont devenues de vraies amies."
 "De plus ces personnes viennent souvent avec plein de projets, elle s'investissent énormément, c'est quelque chose qui me tient à cœur. Cependant j'apprécie évidemment de travailler avec des modèles très différentes et j'aime rencontrer de nouvelles personnes."
Je lui demande ce qu'elle recherche comme profils :
 "Je n'ai pas de profils physiques prédéfinis sauf quand j'ai un projet précis, où il est obligatoire d'avoir tel physique pour réellement incarner le personnage. Sinon je cherche des profils variés et atypiques."
"En fait, ce qui m'intéresse surtout, c'est la sensibilité des personnes. La nana la plus canon peut se présenter devant moi, si elle ne dégage rien, ça ne m'intéresse pas. Peu importe le type de physique, il y a ce petit truc qui m'accroche, qui me plaît. Quand j'arrive, dans la photo, à capter l'intimité, l'humain, c'est quelque chose de beau et de très touchant."
"J'aime aussi les modèles qui ont envie de créer quelque chose, de s'exprimer. Et pas juste d'avoir une nouvelle photo de profil. Même si c'est une novice, ça ne me dérange pas, ça peut être très intéressant de travailler avec des personnes qui n'ont pas l'habitude de poser."
Photo : Accalmia. Modèle : INO-art. MUAH : Marine Gadenne.

"La sensorialité, la sensualité, sont très importantes pour moi."


Les projets d'Accalmia sont très variés et hauts en couleur. Elle arrive à exprimer de nombreux sentiments, créer de multiples ambiances. Pour réaliser ses projets, elle part d'un thème principal puis laisse souvent place à l'improvisation :
"Il m'arrive parfois d'avoir une idée très claire et précise de ce que je veux faire. C'était le cas une fois lorsque j'ai ensevelie une modèle sous des feuilles mortes, j'avais alors en tête une photo très précise."
"Mais plus généralement j'ai plus une image, un visuel assez large en tête qui laisse de la place à l'improvisation et surtout au modèle. Je ne guide jamais trop mes modèles, je veux qu'elles puissent exprimer quelque chose, faire sortir quelque chose d'elles."
"Progresser de manière très cadré ça va pour la photo de mode mais moins pour ce que je fais. J'ai besoin et envie que toutes les personnes qui participent au projet puissent amener du leur. D'ailleurs, j'aime l'idée que la modèle puisse libérer son corps et s'exprimer par des gestes. C'est ce qu'on retrouve aussi dans la danse contemporaine que j'apprécie tout particulièrement."
"Et je dois dire que je demande souvent aux modèles de ne pas sourire. Même si ça viendra car j'ai des projets assez pop et funky en cours ! "
Photo : Accalmia. Modèle : Kyle Fireson.

Ses sources d'inspirations


Impressionnée par la grande créativité d'Accalmia, je lui demande comment lui vient l'inspiration :
"J'ai toujours eu une imagination très fertile. Je fais partie de ces mômes qui avaient un imaginaire très marqué. Gamine, je pensais des trucs dans mon coin. Je me tenais en position d'observation, je regardais les autres enfants jouer, je percevais les choses à ma façon. Je pense que mes photos sont beaucoup liées à ma vision du monde, ma sensibilité, ma façon de percevoir les choses. Je dois aussi beaucoup à ma mère qui m'a toujours encouragé à m'exprimer par la création."
"Et puis, de façon plus générale, un rien peut m'inspirer, un flash, des petites choses, un type de profil : et tout à coup j'ai une image en tête, une envie de photo. Ce peut être quelque chose qui va me chambouler, me toucher. Une bride de rêve."
" Ça peut aussi être un simple mot. J'aime beaucoup les mots. C'est pour ça que j'ai choisis le nom d'Accalmia d'ailleurs. J'aime bien le mot en lui-même, je le trouve beau, et j'aime l'idée de l'accalmie, c'est un état instable, quelque chose de calme en surface mais qui cache en profondeur quelque chose d'autre de bien plus violent et qui ne demande qu'à revenir avec plus de force. C'est à la fois poétique et puis très en rapport avec ce que je suis profondément."
"Je suis également quelqu'un de très curieuse. L'inspiration peut me venir, même inconsciemment, de tout ce que je regarde : les films, les comics, les jeux vidéos ..." 
Photo : Accalmia. Modèle : Lili.

La liberté de l'art


Créativité et sensibilité sont pour moi des mots qui caractérisent pleinement Accalmia. Elle n'hésite pas à aborder différents thèmes et l'étrange, les créatures cauchemardesques, côtoient la poésie, le sensuel. Je sais que la nudité ne lui pose pas non plus problème, comme photographe ou comme modèle, car elle considère le nu comme une manière d'expression parmi d'autre. Accalmia semble chérir la liberté de création, la vivre comme un réel épanouissement. S'impose-t-elle toutefois des limites ?
"De faire du vulgaire pour faire du vulgaire ou du trash pour faire du trash. Il faut qu'il y ait une vraie démarche ou un propos artistique, symbolique ou social derrière. Ça ne m'intéresse pas vraiment mais il est possible qu'un jour je veuille choquer, je n'en sais rien."
"Il y a récemment une de mes photos qui a fait scandale à cause de son thème. Selon moi c'était une photo très poétique ayant pour thématique la mort, avec une évocation de la pendaison. Mais beaucoup y ont directement vu le suicide. Certes, des éléments peuvent le faire comprendre comme cela mais c'est une question d'interprétation, et au-delà de ça, même si le sujet est le suicide, je ne vois pas où est le soucis."
"J 'ai été confrontée à des censeurs, des personnes qui m'ont dit : tu n'as pas le droit de parler de suicide. Ça m'a choqué que l'on me dise ce que j'ai le droit ou non de faire. Je peux tout à fait comprendre que l'on n'aime pas une thématique. Mais que l'on m'interdise de la traiter, je trouve cela inadmissible. En art, on a le droit de s'exprimer."
Si on suivait ce raisonnement, on ne devrait plus aller au cinéma, lire des livres, ou regarder des tableaux sous prétexte qu'ils peuvent traiter de sujets douloureux comme la guerre, la mort, ou que sais-je ! Bien sûr, en fonction de nos expériences de vie (un grand-père mort au combat, un frère décédé dans un accident de voiture ...) on percevra les œuvres de façon plus ou moins intenses. C'est à nous de prendre du recul par rapport à ce que nous voyons, ce n'est pas aux artistes de faire attention à notre sensibilité propre. C'est trop réducteur pour l'art."
"C'est comme lorsqu'on me reproche mes décadrages en me disant que je ne devrais pas le faire. Il y a un sens pourtant derrière. Je connais les codes de la photographie."
"Je ne m'amuse pas à les détourner juste pour le plaisir de le faire. Si je crée une image de travers, c'est que tout est réfléchi, c'est qu'il y a vraiment quelque chose derrière. Et c'est aussi un parti pris esthétique." 
"Malheureusement certaines personnes sont complètement fermées et ne voient que la technique."
Photo : Accalmia. Modèle : Laetitia Kotka. MUAH : Marine Gadenne.

Exigence et rigueur


Accalmia est encore très jeune pourtant elle fait preuve de beaucoup de maturité et d'une réelle réflexion non seulement sur l'art mais aussi les hommes, le monde qui l'entoure. Modeste, elle prend beaucoup de recul par rapport à son propre travail.
"J'ai encore beaucoup de choses à apprendre. Parfois, lorsque je regarde des photos que j'ai fait ne serait-ce qu'il y a deux mois, je les déteste !"
"Je réalise que j'évolue beaucoup, comme dans la gestion de la lumière par exemple ou mes retouches. Au début, j'utilisais photoshop au feeling ! Aujourd'hui, j'ai vraiment recherché, appris des choses, j'affine mes retouches. J'essaye d'avoir toujours plus d'exigence et de rigueur."
"Je réalise aussi l'importance du bon matériel. Je vois les limites de certains de mes objectifs et ça me frustre. Utiliser du matériel haut de gamme, quoi qu'on en dise, ça change tout."
 "Je ne veux pas dire qu'il est impossible de faire de belles choses avec peu de moyens, bien au contraire ! Mais plus tu veux aller loin en photo, plus tu évolues, et plus tu sens les limites avec du matériel médiocre."

Cette artiste pleine d'envie a beaucoup de projets en tête mais elle n'a pas forcément le temps de tous les réaliser ni d'ailleurs le budget. Poussée par ses proches, elle a créé un projet Tipeee, qui est une plateforme de financement participatif. Elle pense également monter un autre crowfunding pour l'aider à réaliser l'un de ses gros projets de court-métrage. En effet, Accalmia revient tout doucement vers son plus grand amour : la vidéo.

Photo : Accalmia. Modèle : son copain, Marc Guibé. 


Photo et vidéo.


"J'ai pas mal de projets de court-métrages dont un très gros qui demandera un financement important. Il faudra beaucoup de monde sur le tournage, des comédiens, des techniciens, il faudra aussi louer des lieux ... Mes projets commencent à évoluer, à se concrétiser."
Mais si Accalmia compte se tourner vers la vidéo, elle ne va pas arrêter la photo pour autant, bien au contraire :
"J'ai dans l'idée de coupler séance photo et vidéo. J'aimerais proposer, en plus des photos, une vidéo très courte issue du shooting."
Elle m'explique d'ailleurs que, pour elle, ces deux arts sont intimement liés :
"Je suis pleinement baignée dans les deux. Je remarque d'ailleurs que j'utilise souvent le vocabulaire de la vidéo lors de mes shootings."
"En plus, dans mes séances photo, je fais comme un mini scénario. Je donne des directives pour créer une histoire au travers des images, une série de photos qui évoluent. Et je propose à mes modèles de jouer des personnages, d'incarner pleinement un rôle, qu'ils fassent un travail d'acteur !"
Il n'y a plus qu'à suivre les belles aventures de cette magnifique artiste, et peut-être que toi aussi, tu y prendras part, d'une manière ou d'une autre.


Suivez Accalmia sur instagram

Et suivez-la aussi sur facebook

Pour des photos de meilleurs qualités, il y a flickr





dimanche 16 juillet 2017

Mon chihuahua et moi

Ça fait quelques mois maintenant qu’une nouvelle peluche a rejoint ma vie. Une peluche vraiment trop choupi, oui, mais une peluche qui pisse sur mes tapis, qui bouffe mes chaussures et aboie à longueur de journée.
Une fois j’ai croisé une dame qui m’a dit :
-Vous avez deux enfants en bas âge, et en plus vous prenez un chiot ? Vous avez bien du courage !
Elle a tout résumé avec cette phrase.
C’est l’été, j’ai envie de m’amuser un peu et de te raconter ma nouvelle vie avec mon chihuahua. Hopla ! C’est parti !






Les promenades



C’est super cool d’avoir un chien quand, comme moi, on adore se balader. C’est un excellent compagnon de promenade et une belle motivation pour sortir quand il fait gris ou que tu n’as pas envie de quitter ton lit.

Mais les promenades qui me prenaient avant 15 minutes me demandent désormais une heure, facile.
Déjà parce que Nobu (c’est le nom de mon molosse) adore s’arrêter pour renifler les cacas des autres chiens ou les bananes pourries ou les vomis des bourrés.
Mais il aime aussi accélérer comme un fou pour essayer de choper des pigeons. C’est beau l’espoir. Il essaye chaque jour de les attraper, ces oiseaux, il rate chaque jour, pourtant il continue, avec la même inébranlable motivation. Une belle leçon de vie, oui.

Ensuite, mes balades s’éternisent, à cause des gens. Première chose à savoir quand t’as un chihuahua : ne t’approche pas d’un parc pour enfant ! Non ! Surtout pas ! Ne fais pas ça, arrête ! L’enfer, c’est les parcs pour enfants.
Parce que t’es sûr qu’une quinzaine de gosses vont accourir comme des zombies et se jeter sur ton petit chien pour le câliner sous l’œil bienveillant de leurs parents qui n’en ont en fait rien à foutre. Et mon chiot a beau être complètement dingue, mais vraiment, ils veulent quand même le porter, et ils s’évertuent vainement à essayer de choper cette pile électrique cachée sous une jolie couche de poil.



Non mais c’est vrai que mon chien est tout petit, si mignon, si excité, que les gens craquent devant lui. Tous les deux mètres, il y en a qui s’arrêtent pour le regarder, et dire des trucs du genre :
-Ouah il est trop mignon
-Oh regarde comme elle est belle (oui, mais c’est un mâle)
-Ça doit être pratique un chien comme ça, tu peux le mettre dans ton sac et hop ! (je ne vois pas l’intérêt)
-Il est tellement petit que je pourrais l’écraser (ce à quoi je fais remarquer qu’effectivement, comme il est toujours collé dans mes pieds, le pauvre, je lui marche dessus une bonne dizaine de fois par jour)

N’ayant jamais eu de chiot avant, j’ai été choquée quand, pour la première fois, j’ai croisé une autre personne promenant son chien. Ça m’a complètement angoissée. J’ai mis des jours à m’en remettre, j’ai même dû en parler à un psy.
Non mais imagine la scène : on est en plein Strasbourg, et là je croise un inconnu, avec son bichon. Son bichon se met à jouer avec Nobu et là le type se tourne vers moi et me dit :
-Bonsoir !
Nan mais le gars, tellement poli, tellement gentil, qui s’est mis à me parler un peu de mon chien, qui m’a donné des conseils pour l’élever, avant de partir en me souhaitant, je cite, une « excellente soirée ». Ça ne m’était jamais arrivé ! Et maintenant, c’est devenu mon quotidien.
Bon alors des fois ce n’est pas facile pour une associable comme moi, mais en même temps je me dis que c’est pas plus mal, ça m’habitue à parler avec des gens, des gens gentils, qui aiment les chiens. C’est beau.



Autre chose : les vieilles. Les mamies sont fans des chiens, autant qu’elles le sont des bébés. Je me rappelle quand mes deux amours venaient juste de naître, à quel point les vieilles et leur radar à landau accouraient pour voir mon bébé, le caresser, me demander, à moi, parfaite inconnue, comment s’était passé mon accouchement, si j’avais demandé une péridurale, combien de temps avait duré le travail et si mon enfant avait salement déchiré ma chatte en sortant de mon ventre immense.
Bref, les vieilles kiffent mon chihuahua à mort !
Et je les trouve vraiment mignonnes, j’aime papoter avec elles. Une fois, je me suis assise avec une octogénaire sur un banc et on a discuté toute l’après-midi. Je n’ai pas vu le temps passer. A un moment donné dans la conversation, elle m’a dit :
-Ça fait vraiment du bien d’avoir un petit chien. Ça nous fait de la compagnie quand on est si seule, à nos âges. Et ça nous pousse à sortir, faire un peu d’exercice, c’est nécessaire pour nous. En plus parfois on fait des rencontres, on parle avec de gentils petits jeunes.
Et moi j’acquiesçais complètement à tout ce qu’elle disait. Même pas trente ans et je me sentais dans la peau d’une parfaite octogénaire. Alors après je suis rentrée chez moi, j’ai mis des chaussons, je me suis fait une petite verveine, et je me suis endormie devant la télé, en regardant Derrick, mon petit chien lové dans mes bras.




Tout ça c’est bien gentil, mais il y a aussi les crevards. Je vais te citer une anecdote parlante :
Deux ados s’arrêtent pour jouer avec Nobu et papotent un peu avec moi. Tout sourire, je leur réponds, leur disant que oui c’est un chihuahua, qu’il a 4 mois, qu’il est un peu foufou mais qu’il ne mord pas, etc. Puis les ados s’en vont, me disant au revoir. Et là un sale crevard qui m’avait vu faire m’accoste de la même manière que les ados, genre :
-Oh qu’il est mignon votre chien.
Sans que son regard dégueulasse ne quitte mon décolleté. Genre, connard, parce que j’accepte avec plaisir d’échanger avec des ados, je vais être d’accord pour parler avec toi ! Non mais il rêve le type … Sauf que Nobu, petit traître, s’est mis à faire les yeux doux au vieux pervers et à se frotter contre ses jambes.
Nobu, quand on va rentrer, il va falloir qu’on ait une petite conversation toi et moi.



 Les pipis et les cacas




Ça fait des mois que j’essaye de lui faire comprendre qu’il doit faire pipi et caca dehors, des mois, en vain. Enfin j’exagère, pour les cacas, on y est presque, et c’est déjà un bon début. Mais les pipis, rien à faire.
Nobu s’est mis en tête qu’il doit faire pipi sur mes tapis et mes coussins uniquement. L’autre jour, tu vois, je me décide à bien frotter le tapis de mon salon, avec de la lessive et tout, je le rince, je le fous sur le balcon pour qu’il sèche, la totale. Toute fière, je le remets correctement dans le salon. Immédiatement Nobu, tout en me regardant le plus innocemment du monde, se fous dessus et pisse. Un bon gros pipi.



Et quand il est fâché contre moi parce que je passe trop de temps dans la salle de bain, pièce dans laquelle il n’a pas le droit d’entrer, il pisse devant. Je suis sûre que c’est par vengeance. Il a un petit côté chat, tu vois le truc ?
By the way si vous avez des conseils pour qu’il ne pisse plus sur mes tapis et mes coussins, je suis preneuse. Parce que j’en suis arrivée à un stade où je laisse les jolis coussins de mon canapé en hauteur, ne les mettant à leur place réelle que quand je reçois des gens. J’en avais marre de les laver trois fois par semaine.




Un quotidien tout en joie




Mais tu t’en doutes, un chihuahua, c’est peut-être un tout petit chien, mais c'est une joie énorme. Mon Nobu est adorable, vraiment super gentil. Super con mais super gentil. Hyper collant.
J’aime quand je rentre chez moi et qu’il me fait la fête pendant 10 minutes. J’aime quand le soir je bosse et qu’il se colle tout contre moi, comme pour me donner du courage. Quand il joue avec mes enfants. Quand il grogne sur ma voisine que j’aime pas. Quand il vient me réveiller le matin, sauf quand il en profite pour me lécher la bouche. Quand il prend peur en voyant son reflet dans le miroir. Quand il essaye de déchiqueter la peluche Winnie l’Ourson qui fait deux fois sa taille. Quand il fait sa bouille trop mignonne pour s’excuser d’avoir fait une connerie. Quand il se met à pleurer parce qu’il croit que je suis sortie alors qu’il m’avait juste perdu de vue. Quand il fait son beau gosse allongé au soleil. Quand il devient hystérique parce que je lui présente une nouvelle personne. Quand il courre comme un demeuré quand je le lâche dans le jardin. 
Et tant d'autres choses encore !

Mais où est Nobu ?

Un chien, c’est du travail, des poils qui traînent, des pets qui puent. Mais c’est aussi des jeux, de la joie, une telle générosité, un amour entier. Un amour inconditionnel, pur. Et c'est si beau. Un tel sentiment. Dont tant d'humains sont dépourvus. 

Pour terminer cet article, deux anecdotes que j’aime beaucoup :

Une fois j’avais eu le malheur de laisser traîner une copie que je devais corriger. Mon chiot l’a déchiqueté, en plein de petits morceaux. Quand je l’ai annoncé à mon élève, la mort dans l’âme, il m’a répondu :
-Vous ne l’avez pas noté ? Oh madame c’est trop génial ! Votre chien vient de me sauver la vie !

Et puis :
Le premier jour où ma fille a vu Nobu, voici ce qu’elle m’a dit :
-Maman, c’est une fille ou un garçon ?
-Un petit garçon.
-Ah bon ! … Mais, en grandissant, il pourra choisir d’être une fille ou un garçon, hein, maman ?

J’adore tellement ma fille. Et mon fils. Et Nobu. Sacrée famille !





mardi 4 juillet 2017

Schnaps! Une revue littéraire made in Strasbourg !

Schnaps!


Plus qu'un alcool bien connu des Alsaciens, c'est une toute nouvelle revue littéraire créée par de jeunes strasbourgeois. Ils sont beaux, ils sont drôles mais surtout ils sont intelligents et passionnés ! Ce qu'ils nous proposent ? Des textes inédits, de l'humour, de l'imaginaire, de la vivacité, des artistes, des délices de phrases, des mots à boire, une revue à partager.


Nouvelles et poésies, efficaces, couillues, terriblement bien écrites, qui te prennent aux tripes, te retournent et t'embarquent dans différents univers. Les voisins voyeurs, l'amateur de porno, le professeur en smoking et cognac, l'homme vieillissant et ses questions sur la mort ...



D'ailleurs, rejoins-moi, on se fout sous la couette, sur la terrasse ou au bord de la piscine, avec un verre de Mirabelle, et on se fait un Schnaps!



Un Schnaps! sur la terrasse

Combien de membres y a t-il dans votre équipe ?

Nous sommes 8 au total. Les 8 membres fondateurs de notre association " Les brouilleurs de prose". Cest elle qui sert de cadre légal pour éditer la revue. Chacun simplique comme il le souhaite, selon ses compétences et en fonction du temps quil peut consacrer à Schnaps!, car nous avons tous un boulot en parallèle.  
Mais tout le monde fait partie du comité de lecture, et les décisions importantes sont toujours prises collectivement, souvent autour dun verre !

Pendant combien de temps lidée de cette revue a-t-elle dû mûrir avant de pouvoir enfin se concrétiser ? Où pourra-t-on se la procurer ?

Cest une idée qui nous trottait dans la tête depuis longtemps - des années. Nous nous connaissons tous de longue date. Certaines amitiés dans le groupe remontent à dix, quinze ans. Il y a même trois sœurs dans l’équipe ! 

Disons quau début, on concluait régulièrement nos soirées par de petites lectures de textes. On attrapait un livre, souvent un recueil de nouvelles, on choisissait une bonne histoire puis on lisait une page à tour de rôle. On le fait encore parfois. 

Au bout dun moment, lenvie sest manifestée de créer quelque chose ensemble. On a dabord pensé à retaper une vieille ferme et à élever des poules, mais fonder une revue littéraire nous a paru moins incertain. 

On sest donc recentrés sur cette passion commune pour la littérature et le truc sest mis en route. Aujourdhui, on est tous très fiers de ce quon a fait et de ce premier numéro. Cest plus que laboutissement dun projet, cest aussi celui de longues années damitié.

 

Je suppose que vous êtes tous des grands fans des belles lettres ! Quels sont vos auteurs préférés et les courants littéraires ou plus largement artistiques qui vous inspirent ? 

Nous lisons tous pas mal, mais pas tous les mêmes choses. Emilie et moi sommes des littéraires purs et durs, Marie a fait des études d’histoire de l’art et de protection du patrimoine, Anaïs un master en politique et gestion culturelle. L’équipe comprend aussi un mathématicien, un musicologue, un urbaniste et un infographiste 3D ! 
Nos différentes sensibilités donnent parfois lieu à des débats autour des textes que nous recevons. Cela nous permet de rester ouverts à toutes les propositions, ne pas nous enfermer dans un champ trop restreint pour donner envie de lire à un public varié. 
Mais il y a des figures tutélaires, des auteurs qui nous inspirent pour notre ligne éditoriale : Bukowski, par exemple, et plus généralement les écrivains du dirty realism américain comme Dan Fante ou Mark SaFranko (que nous avons eu la chance de publier dès le premier numéro). Il y a la Beat Generation. 
Les nouvelles fantastiques du XIXème siècle français, celles de Maupassant par exemple ou Théophile Gautier. Emilie dévore beaucoup de fantasy (les livres dAlain Damasio, entre autres) mais elle donne aussi dans le théâtre élisabéthain et la littérature indienne ! Quant à Marie, elle peut passer un mois sur Oscar Wilde et t’agiter d’un coup de la science-fiction sous le nez... 
Et puis, au-delà de cela, beaucoup dentre nous sont musiciens, dans des genres qui vont du punk hardcore à la musique classique. 


Quelles sont les revues qui vous inspirent ? Avez-vous une forme de nostalgie par rapport à cette époque où les plus grands auteurs publiaient leurs poèmes dans des magazines ?

Les revues underground américaines des années 60-70, comme Open City. Il y a aussi, en France, la revue Borborygmes, qui nexiste plus malheureusement. Décapage, bien-sûr, incontournable aujourd’hui. Et la très belle revue basée à la Réunion, Kanyar. 
Il est vrai quil existe un certain imaginaire de la revue littéraire, qui a toujours exercé sur moi une grande fascination. Arturo Bandini faisant ses premières armes au sein du magazine de l’éditeur J.C Hackmuth dans le roman Demande à la poussière de John Fante ! Des trucs comme ça. 
Les revues ont souvent joué le rôle dun terrain formateur pour de jeunes écrivains, leur offrant lopportunité de découvrir leur voix propre et de fortifier leur style, de trouver leurs lecteurs. Elles constituent des lieux dexpérimentation et de construction et cela peut être déterminant dans le parcours dun auteur. 


Un Schnaps! au bord de la piscine


Comment le choix des textes se fait-il ? Quel profil dauteur privilégiez-vous ou bien fonctionnez-vous par coup de cœur ? Jai vu que vous aviez même fait un appel sur Facebook, ça a bien fonctionné ? Les auteurs ont-ils tous déjà une certaine reconnaissance ?

Nous publions surtout des nouvelles et des poèmes. Le choix se fait par le biais du comité de lecture. 
Il faut quil se passe quelque chose. Les textes que nous retenons sont ceux qui correspondent à notre ligne éditoriale, qui est assez ouverte : des écritures directes, qui vont au nerf de l’émotion, sans fioritures inutiles. Nous recherchons aussi un certain rythme, une certaine énergie, et une économie de moyens. Mais, comme dit, si ça marche, si ça nous touche, on prend. 
Lappel à textes lancé sur Facebook nous a surtout permis dentrer en contact avec de jeunes auteurs, qui ont du talent et que nous voudrions suivre dans le futur, même si, pour la grande majorité, nous navons pas pu donner suite à leurs propositions dans limmédiat. 
Un des textes au sommaire de Schnaps! #1, celui de Pierre Abram Sanner, est cependant une première publication. Pour les autres, il sagit dauteurs confirmés, comme Fabien Sanchez, par exemple. La participation de Nicolas Mathieu, connu dans le milieu du roman noir pour son livre Aux animaux la guerre, a aussi été loccasion dune belle rencontre, puisquil nous a fait confiance pour publier, outre sa nouvelle La fille aux seins nus, son premier poème vraiment achevé, lui qui n’écrit de la poésie que depuis très peu de temps.
 

Y aura-t-il des textes inédits ?

Oui. Cest même la condition sine qua non pour publier dans Schnaps! Que des textes inédits !

Allez-vous choisir des thématiques pour vos numéros ? Et même si ce nest pas le cas, quels sont les thèmes qui vous inspirent dans les textes que vous lisez ?

Nous ne sommes pas vraiment pour. On préfère laisser aux gens le choix de leur sujet, la liberté de leur création. 
Après, évidemment, nous sommes plus sensibles à certains styles et certains univers. Un grand poème lyrique sur la Patrie ou la migration automnale des oies cendrées aura peu de chances de paraître dans Schnaps! 
Ce que nous aimons, encore une fois, cest la dimension émotive, ce qui ne veut pas dire sentimentale. Du vécu. Des tripes. Un rapport immédiat à la parole, fondé sur une urgence à dire ce qui doit l’être. Pas le temps pour la dentelle. De lhumour, aussi, une forme de dérision. Mais nous avons aussi un faible pour les littératures de limaginaire, cette capacité dembarquer le lecteur dans un monde insolite. 
Bref, aucun thème imposé, il faut juste que ce soit vivant !


Un Schnaps! et de l'herbe 

La revue sera-t-elle strictement littéraire ou pensez-vous vous associez parfois avec dautres artistes pour des illustrations par exemple ?

Le plus important pour nous, cest le texte. Mais nous voulons donner plus de place à lillustration dans les prochains numéros. Pour la couverture de Schnaps! #1, nous avons fait appel à un mec bourré de talent, illustrateur et tatoueur, Clem Tnti, qui est aussi un ami. Le résultat nous plaît beaucoup. Nous souhaitons par la suite intégrer plus de visuels au sein même de la revue, développer une vraie identité de ce côté-là, et permettre à des artistes de se faire connaître. 
De plus, cela ira dans le sens du soin particulier que nous voulons apporter à l’objet en tant que tel, et s’inscrira dans une volonté de cohérence esthétique entre le fond et la forme : du contenu qui dépote dans une belle petite revue qu’on trimbale dans sa poche et qu’on repasse à ses potes comme une fiole de remontant.


Pensez-vous organiser un jour des lectures, des conférences ou des rencontres avec les auteurs ?

Bien-sûr ! Ce serait super ! Nous sommes en train de réfléchir à un genre d’énement qui serait pleinement en accord avec lesprit de la revue, qui sortirait du cadre de la lecture frontale, se rapprocherait plus de la Release Party, comme on en voit beaucoup dans le milieu musical. Des textes, des concerts, de la bouffe à prix libre et de la bière à foison. On y travaille, oui !

Pour finir ! Vous devez être très fier à la publication de ce premier numéro ! Comment vous sentez-vous à le voir trôner dans des librairies ?


On est très fiers, cest sûr ! Tenir la revue en main, la voir en librairie, penser à tout le chemin que nous avons accompli pour transformer cette simple idée en un objet physique, qui sent lencre et le papier ! Cest quand même quelque chose, comme dirait ma grand-mère. Maintenant, ce nest que le début. Nous sommes impatients de sortir le deuxième numéro, prévu pour la fin de lannée. Et nous espérons que nos lecteurs ont cette hâte eux aussi !

Tu veux ta dose de Schnaps! ? 

Rendez-vous Librairie Kléber, Quai des Brûmes ou Librairie Page 50.