mercredi 19 juillet 2017

Accalmia

Accalmia est une jeune photographe que je suis avec beaucoup de plaisir sur différents réseaux sociaux. Son travail sur les couleurs, les lumières, les cadrages, révèle une touche unique, une façon poétique, douce, un peu mélancolique, de percevoir le monde. Mais ce qui me charme tout particulièrement dans ses œuvres empreintes de sensualité, ce sont les émotions sincères et profondes qu'elles font éclore en moi.

C'est un grand honneur d'avoir pu rencontrer cette artiste et d'avoir pu l'interviewer.

Rencontre avec Accalmia.



Photo : Accalmia. Modèle : Lelaya Photographies.


J'ai d'abord découvert Accalmia en tant que modèle avant de pouvoir apprécier son talent de photographe puis, plus récemment, de vidéaste.
Elle m'explique son parcours :
"Je viens du Nord. J'ai fait une licence de cinéma là-bas et j'y ai rencontré mon copain qui est alsacien. On était tous les deux déterminés à être dans l'image. On en appréciait notamment son côté technique.
Mais la licence passée à Lille n'était pas suffisante, on voulait entrer dans une école plus centrée sur la technique cependant elles coûtent souvent très chères. On a dû mettre nos études entre parenthèses pour pouvoir économiser."
Accalmia est pour le moment photographe amatrice. En plus de son travail, elle trouve le temps et l'énergie de s'adonner à sa passion.
"C'était impossible pour moi de ne pas continuer à faire de l'image en plus de mon travail, j'aurais craqué sinon ! C'est vrai que c'est très chronophage, et j'enchaîne les projets ! Mais je ne peux tout simplement pas m'arrêter. J'ai besoin de ma dose."
J'ai beaucoup apprécié de la voir devant l'objectif, et pourtant cela s'est fait un peu par hasard :
"En arrivant en Alsace, je ne connaissais pas grand monde, je n'avais pas le réseau nécessaire pour faire de la vidéo. Alors je me suis mise à faire de la photo. J'ai commencé par de l'autoportrait. J'ai posté des photos sur Facebook et j'ai reçu des propositions de photographes qui souhaitaient que je sois leur modèle."
"Ce n'était pas mon but au départ mais ça m'a beaucoup plu ! D'être modèle faisait aussi écho à ma passion pour le cinéma. Cela me permettait d'incarner des rôles, chose que j'avais déjà fait en tournant dans des court-métrages, même si ce n'était qu'en de rares occasions. J'ai trouvé vraiment intéressant de pouvoir approfondir cela. En fait, tout est lié, photo, vidéo, tout cela a un sens pour moi."
Photo : Accalmia. Modèle : Ldw French Yakuza.

"L'image, c'est la parole qui me manque."


Quand Accalmia me parle de sa passion, c'est avec une folle énergie, une envie débordante. Ses yeux, tout son visage, s'illuminent.
"Tant que j'arrive à faire de l'image, alors je suis épanouie."
Etant moi-même passionnée mais par l'écriture et non la photo ou la vidéo, je lui demande ce qui lui plaît tant dans ces arts :
"L'image, c'est la parole qui me manque. Je ne suis pas quelqu'un de sociable à la base. J'ai du mal à aller vers les autres, à m'exprimer. Je suis plutôt en retrait, à écouter et observer les gens, qu'à me mettre en avant ou à parler de ce que je fais. Je ne me considère pas comme timide mais plutôt comme introvertie. C'est en créant des choses que j'arrive à m'exprimer."
"Ce que je veux, par l'image, c'est capter des ambiances, des émotions, des atmosphères, des choses intenses. J'ai envie d'exprimer ce qui est ancré en mes modèles et en moi."

"J'aime exprimer des choses, créer."


Accalmia insiste sur le fait que, lorsqu'on la complimente pour une de ses photographies, c'est toute l'équipe qui y a participé qu'on doit complimenter. Loin d'imposer un projet aux modèles, aux maquilleuses, ou autre, elle tient à ce que tout le monde s'investisse :
"Quand on monte un projet, j'aime qu'il y ait un réel échange. Pour les collaborations, on y met tous du sien. C'est nécessaire pour qu'on puisse créer ensemble une énergie, un truc puissant. Il n'y a que comme ça qu'on peut faire naître quelque chose."
"Pour créer une vraie ambiance, une sensibilité, l'échange est indispensable. Construire un projet nécessite de la communication, pour pouvoir être sur la même longueur d'onde." 
Photo : Accalmia. Modèle : Savage Betty. MUAH : Marine Gadenne.

"Ce qui m'intéresse surtout, c'est la sensibilité des personnes."


Accalmia témoigne d'un réel respect envers ses modèles. Je lui demande si cela est lié au fait qu'elle même l'ait été :
"C'est un réel plus d'avoir été modèle. Ayant été de l'autre côté de l'objectif, je sais ce que ça peut faire d'être mal à l'aise alors je fais tout pour que mes modèles ne le soient pas."
"Par exemple, je le vois tout de suite quand une modèle prend un pause qu'elle n'aime pas, je le remarque à un geste de ses yeux ou de ses lèvres et je lui dis immédiatement : ce n'est pas grave, on change !"
"Je pense que tous les photographes devraient être modèles pour pouvoir mieux comprendre leurs réactions, ce qu'elles peuvent ressentir dans certaines situations qui semblent pourtant anodines. "
 J'ai déjà remarqué qu'Accalmia travaille régulièrement avec les mêmes personnes, je la questionne à ce sujet :
"Ce sont des modèles qui partagent ma vision, je sais qu'on va être sur la même longueur d'onde. Elles savent ce que je veux sans que je n'ai rien besoin de dire. Et puis j'aime travailler avec elles parce que j'ai eu un coup de cœur artistique et humain. Le feeling est passé tout de suite, on a vraiment bien accroché. Certaines sont devenues de vraies amies."
 "De plus ces personnes viennent souvent avec plein de projets, elle s'investissent énormément, c'est quelque chose qui me tient à cœur. Cependant j'apprécie évidemment de travailler avec des modèles très différentes et j'aime rencontrer de nouvelles personnes."
Je lui demande ce qu'elle recherche comme profils :
 "Je n'ai pas de profils physiques prédéfinis sauf quand j'ai un projet précis, où il est obligatoire d'avoir tel physique pour réellement incarner le personnage. Sinon je cherche des profils variés et atypiques."
"En fait, ce qui m'intéresse surtout, c'est la sensibilité des personnes. La nana la plus canon peut se présenter devant moi, si elle ne dégage rien, ça ne m'intéresse pas. Peu importe le type de physique, il y a ce petit truc qui m'accroche, qui me plaît. Quand j'arrive, dans la photo, à capter l'intimité, l'humain, c'est quelque chose de beau et de très touchant."
"J'aime aussi les modèles qui ont envie de créer quelque chose, de s'exprimer. Et pas juste d'avoir une nouvelle photo de profil. Même si c'est une novice, ça ne me dérange pas, ça peut être très intéressant de travailler avec des personnes qui n'ont pas l'habitude de poser."
Photo : Accalmia. Modèle : INO-art. MUAH : Marine Gadenne.

"La sensorialité, la sensualité, sont très importantes pour moi."


Les projets d'Accalmia sont très variés et hauts en couleur. Elle arrive à exprimer de nombreux sentiments, créer de multiples ambiances. Pour réaliser ses projets, elle part d'un thème principal puis laisse souvent place à l'improvisation :
"Il m'arrive parfois d'avoir une idée très claire et précise de ce que je veux faire. C'était le cas une fois lorsque j'ai ensevelie une modèle sous des feuilles mortes, j'avais alors en tête une photo très précise."
"Mais plus généralement j'ai plus une image, un visuel assez large en tête qui laisse de la place à l'improvisation et surtout au modèle. Je ne guide jamais trop mes modèles, je veux qu'elles puissent exprimer quelque chose, faire sortir quelque chose d'elles."
"Progresser de manière très cadré ça va pour la photo de mode mais moins pour ce que je fais. J'ai besoin et envie que toutes les personnes qui participent au projet puissent amener du leur. D'ailleurs, j'aime l'idée que la modèle puisse libérer son corps et s'exprimer par des gestes. C'est ce qu'on retrouve aussi dans la danse contemporaine que j'apprécie tout particulièrement."
"Et je dois dire que je demande souvent aux modèles de ne pas sourire. Même si ça viendra car j'ai des projets assez pop et funky en cours ! "
Photo : Accalmia. Modèle : Kyle Fireson.

Ses sources d'inspirations


Impressionnée par la grande créativité d'Accalmia, je lui demande comment lui vient l'inspiration :
"J'ai toujours eu une imagination très fertile. Je fais partie de ces mômes qui avaient un imaginaire très marqué. Gamine, je pensais des trucs dans mon coin. Je me tenais en position d'observation, je regardais les autres enfants jouer, je percevais les choses à ma façon. Je pense que mes photos sont beaucoup liées à ma vision du monde, ma sensibilité, ma façon de percevoir les choses. Je dois aussi beaucoup à ma mère qui m'a toujours encouragé à m'exprimer par la création."
"Et puis, de façon plus générale, un rien peut m'inspirer, un flash, des petites choses, un type de profil : et tout à coup j'ai une image en tête, une envie de photo. Ce peut être quelque chose qui va me chambouler, me toucher. Une bride de rêve."
" Ça peut aussi être un simple mot. J'aime beaucoup les mots. C'est pour ça que j'ai choisis le nom d'Accalmia d'ailleurs. J'aime bien le mot en lui-même, je le trouve beau, et j'aime l'idée de l'accalmie, c'est un état instable, quelque chose de calme en surface mais qui cache en profondeur quelque chose d'autre de bien plus violent et qui ne demande qu'à revenir avec plus de force. C'est à la fois poétique et puis très en rapport avec ce que je suis profondément."
"Je suis également quelqu'un de très curieuse. L'inspiration peut me venir, même inconsciemment, de tout ce que je regarde : les films, les comics, les jeux vidéos ..." 
Photo : Accalmia. Modèle : Lili.

La liberté de l'art


Créativité et sensibilité sont pour moi des mots qui caractérisent pleinement Accalmia. Elle n'hésite pas à aborder différents thèmes et l'étrange, les créatures cauchemardesques, côtoient la poésie, le sensuel. Je sais que la nudité ne lui pose pas non plus problème, comme photographe ou comme modèle, car elle considère le nu comme une manière d'expression parmi d'autre. Accalmia semble chérir la liberté de création, la vivre comme un réel épanouissement. S'impose-t-elle toutefois des limites ?
"De faire du vulgaire pour faire du vulgaire ou du trash pour faire du trash. Il faut qu'il y ait une vraie démarche ou un propos artistique, symbolique ou social derrière. Ça ne m'intéresse pas vraiment mais il est possible qu'un jour je veuille choquer, je n'en sais rien."
"Il y a récemment une de mes photos qui a fait scandale à cause de son thème. Selon moi c'était une photo très poétique ayant pour thématique la mort, avec une évocation de la pendaison. Mais beaucoup y ont directement vu le suicide. Certes, des éléments peuvent le faire comprendre comme cela mais c'est une question d'interprétation, et au-delà de ça, même si le sujet est le suicide, je ne vois pas où est le soucis."
"J 'ai été confrontée à des censeurs, des personnes qui m'ont dit : tu n'as pas le droit de parler de suicide. Ça m'a choqué que l'on me dise ce que j'ai le droit ou non de faire. Je peux tout à fait comprendre que l'on n'aime pas une thématique. Mais que l'on m'interdise de la traiter, je trouve cela inadmissible. En art, on a le droit de s'exprimer."
Si on suivait ce raisonnement, on ne devrait plus aller au cinéma, lire des livres, ou regarder des tableaux sous prétexte qu'ils peuvent traiter de sujets douloureux comme la guerre, la mort, ou que sais-je ! Bien sûr, en fonction de nos expériences de vie (un grand-père mort au combat, un frère décédé dans un accident de voiture ...) on percevra les œuvres de façon plus ou moins intenses. C'est à nous de prendre du recul par rapport à ce que nous voyons, ce n'est pas aux artistes de faire attention à notre sensibilité propre. C'est trop réducteur pour l'art."
"C'est comme lorsqu'on me reproche mes décadrages en me disant que je ne devrais pas le faire. Il y a un sens pourtant derrière. Je connais les codes de la photographie."
"Je ne m'amuse pas à les détourner juste pour le plaisir de le faire. Si je crée une image de travers, c'est que tout est réfléchi, c'est qu'il y a vraiment quelque chose derrière. Et c'est aussi un parti pris esthétique." 
"Malheureusement certaines personnes sont complètement fermées et ne voient que la technique."
Photo : Accalmia. Modèle : Laetitia Kotka. MUAH : Marine Gadenne.

Exigence et rigueur


Accalmia est encore très jeune pourtant elle fait preuve de beaucoup de maturité et d'une réelle réflexion non seulement sur l'art mais aussi les hommes, le monde qui l'entoure. Modeste, elle prend beaucoup de recul par rapport à son propre travail.
"J'ai encore beaucoup de choses à apprendre. Parfois, lorsque je regarde des photos que j'ai fait ne serait-ce qu'il y a deux mois, je les déteste !"
"Je réalise que j'évolue beaucoup, comme dans la gestion de la lumière par exemple ou mes retouches. Au début, j'utilisais photoshop au feeling ! Aujourd'hui, j'ai vraiment recherché, appris des choses, j'affine mes retouches. J'essaye d'avoir toujours plus d'exigence et de rigueur."
"Je réalise aussi l'importance du bon matériel. Je vois les limites de certains de mes objectifs et ça me frustre. Utiliser du matériel haut de gamme, quoi qu'on en dise, ça change tout."
 "Je ne veux pas dire qu'il est impossible de faire de belles choses avec peu de moyens, bien au contraire ! Mais plus tu veux aller loin en photo, plus tu évolues, et plus tu sens les limites avec du matériel médiocre."

Cette artiste pleine d'envie a beaucoup de projets en tête mais elle n'a pas forcément le temps de tous les réaliser ni d'ailleurs le budget. Poussée par ses proches, elle a créé un projet Tipeee, qui est une plateforme de financement participatif. Elle pense également monter un autre crowfunding pour l'aider à réaliser l'un de ses gros projets de court-métrage. En effet, Accalmia revient tout doucement vers son plus grand amour : la vidéo.

Photo : Accalmia. Modèle : son copain, Marc Guibé. 


Photo et vidéo.


"J'ai pas mal de projets de court-métrages dont un très gros qui demandera un financement important. Il faudra beaucoup de monde sur le tournage, des comédiens, des techniciens, il faudra aussi louer des lieux ... Mes projets commencent à évoluer, à se concrétiser."
Mais si Accalmia compte se tourner vers la vidéo, elle ne va pas arrêter la photo pour autant, bien au contraire :
"J'ai dans l'idée de coupler séance photo et vidéo. J'aimerais proposer, en plus des photos, une vidéo très courte issue du shooting."
Elle m'explique d'ailleurs que, pour elle, ces deux arts sont intimement liés :
"Je suis pleinement baignée dans les deux. Je remarque d'ailleurs que j'utilise souvent le vocabulaire de la vidéo lors de mes shootings."
"En plus, dans mes séances photo, je fais comme un mini scénario. Je donne des directives pour créer une histoire au travers des images, une série de photos qui évoluent. Et je propose à mes modèles de jouer des personnages, d'incarner pleinement un rôle, qu'ils fassent un travail d'acteur !"
Il n'y a plus qu'à suivre les belles aventures de cette magnifique artiste, et peut-être que toi aussi, tu y prendras part, d'une manière ou d'une autre.


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Pour des photos de meilleurs qualités, il y a flickr





1 commentaire:

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